La vidéo date de juin 2015. Trois mois plus tard, un inconnu de 21 ans vient révolutionner le rap français. Mohamed Sylla, alias MHD, d’origine sénégalo-guinéenne, lance le premier volume d’une série intitulée « afro-trap » avec le clip de La Moula. À l’image, des gamins et des ados d’une cité du 19e arrondissement de Paris se trémoussent sur un sample de synthé entêtant tiré du hit Shekini, de P-Square. « Négro me voilà pour mes Soninkés, Diakhankés/ Mes Poulars et les

Dioulas… » Phrasé rap sur rythmique africaine, MHD vient d’inventer « l’afro-trap ». Aujourd’hui, les six clips de la série totalisent plus de 77 millions de vues.
Ils sont jeunes, grandissent en France, assument leur héritage africain et produisent un rap enjaillé comme on gère un business. Leurs clips cumulent des millions de vues. Bienvenue dans l’univers tendance de l’afro-trap ! Chicha au bec, le visage à moitié dissimulé sous des volutes de fumée, Mokobé pianote fébrilement sur son smartphone dans un salon de thé lounge parisien. Le rappeur d’origine malienne, membre du groupe 113, plusieurs fois « disque d’or », cherche l’un de ses derniers clips : Getting Down.
« On te fait vibrer comme un stade de foot/Nos voix réunies c’est le monde qui nous écoute…» Le son, calibré pour les clubs, mêle sur une rythmique dance chant rap et sonorités africaines, avec des invités prestigieux pour les refrains, les jumeaux nigérians de P-Square. En bas de l’écran, les chiffres s’affichent avec insolence : presque 2,5 millions de vues.
Quand on évoque le phénomène, Mokobé se fend d’un large sourire. « La première fois que j’ai écouté MHD, j’étais super content, j’ai validé direct. Je me suis dit : « Enfin ! Voilà un petit frère qui s’intéresse à l’Afrique ! » J’ai acheté l’album [intitulé MHD, 12 700 albums vendus la première semaine], j’ai partagé les sons sur les réseaux sociaux… Pour moi, c’est l’un des rares à avoir une vraie direction artistique sur son projet. Sa démarche musicale n’est pas si différente de la mienne, même si je n’aurai jamais la prétention de dire qu’il est un héritier. Mais ce qui fait la différence, c’est un sens marketing, une manière d’assumer la fusion entre des genres très différents et d’imposer une marque.» Car, aujourd’hui, le terme « afro-trap » n’est pas qu’un genre musical, c’est aussi une marque déposée par le producteur de MHD, Adel Kaddar, et licenciée par Universal.
Les expériences de métissage entre musique africaine et hip-hop français existent depuis plus de quinze ans. Le collectif franco-congolais Bisso Na Bisso, créé en 1997 sous la houlette du rappeur Passi, faisait déjà le grand écart. Malgré un énorme succès en France et sur le continent, ces transfuges ont été peu suivis sur une scène hip-hop plus séduite par le style gangsta que par le « rap sauce gombo ».  Avec son album Mon Afrique, Mokobé tentait en 2007 un retour aux racines en s’offrant les plus grandes stars du moment (Youssou Ndour, Salif Keïta, Seun Kuti, Tiken Jah Fakoly…). Le projet est un succès critique, mais, comme il le concède, un relatif échec commercial avec « seulement » 60 000 albums vendus (soit dix fois moins que le premier disque de son collectif, le 113).

source: jeuneafrique

 

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